La poésie, un genre toujours à la mode ?

Si la poésie dans sa forme originelle semble être passée de mode, les poètes sont eux toujours bien vivants. Cependant, l’intérêt pour ce genre littéraire reste dans l’ombre de l’actualité médiatique. Dès lors, assiste-t-on à un désintérêt général pour la poésie ?

La poésie, un genre en crise ?

Peu lue, peu suivie, quasiment absente de l’univers médiatique, la poésie semble être en crise. Pourtant, les recueils ne manquent pas. La poésie est pratiquée par un grand nombre d’individus. Valorisée au printemps, plus vivace que jamais, la poésie connaît en réalité une pénurie de lecteurs. Paradoxalement, ce genre court est adapté à notre société, à des lecteurs pressés. Cette diminution du lectorat peut notamment s’expliquer par l’absence de représentation commerciale, la forme complexe des textes ou encore l’obscurité de certains auteurs. Marginalisée au sein de la société, elle trouve sa place en médiathèque, dernier lieu de promotion, de diffusion. Cependant, certains considèrent au contraire que la poésie est partout, s’immisçant dans d’autres genres tels que la chanson, le slam ou bien le rap. La poésie serait alors bien visible aux yeux de qui se donne la peine de la chercher.

Des règles trop strictes à respecter

La poésie est toujours apparue comme un genre noble, un mode d’expression doté de caractéristiques et de pouvoirs spécifiques conférant d’emblée à son auteur le statut d’artiste promis à la prospérité. Cependant, ce genre littéraire demande un respect de règles d’écriture pouvant décourager plus d’un poète en herbe. En effet, il existe de nombreuses contraintes de formes et de styles qu’il faudrait respecter pour pouvoir prétendre produire un écrit poétique.

 

Pour certains, la poésie versifiée constitue la seule forme légitime de poésie. Cette conception crée un conflit au sein même du genre poétique, composé également en grande partie de poèmes en prose. Des règles trop strictes empêchent une modernisation de la poésie, qui a l’image du temps présent, se diversifie progressivement.

Le rap, nouvelle forme de poésie contemporaine ?

Nous pourrions considérer le rap comme un nouveau mouvement poétique dans lequel la poésie s’est émancipée du papier pour s’épanouir à l’oral. On retrouve directement la poésie dans le terme « RAP » signifiant Rhythm And Poetry. Les codes, la façon de raconter, le choix des mots, l’époque et la société ont évolué mais l’évocation d’images et d’émotions demeure. Le rappeur MC Solaar dans sa chanson « Caroline » utilise de nombreuses figures de style pour exprimer la douleur de la perte d’un être aimé, se plaçant ainsi entre lyrisme poétique et rap. Grand Corps Malade, lui aussi, entretient un lien privilégié avec la poésie. Il met en voix des textes poétiques avec des accentuations toniques rappelant la ligne mélodique d’une chanson. De ce fait, l’écriture des rappeurs est très travaillée comme celle du poète. Cette écriture sert à communiquer des émotions, mais peut aussi à la façon de la poésie engagée servir à faire passer des messages politiques, à dénoncer des injustices. Cependant, la reconnaissance du rap en tant que culture « légitime » utilisant la littérature comme argument d’autorité est contestée. Il semblerait que pour certains confondre rap et poésie soit une erreur, là où d’autres voient dans le rap une façon de remettre au goût du jour la poésie.

Texte : Chloé NIAULT

Image : Adobe Stock